Lorsque j’évoque cet état de sérénité, je m’imagine prendre le temps de bien faire mon travail, de penser calmement et d’agir en toute conscience lorsque je passe à l’action.
Or, bienvenue dans la vie réelle, nous traversons dans notre vie quotidienne une multitude d’imprévus qui viennent bouleverser cet état de » zénitude » tant désiré.
En voici un exemple vécu récemment qui parlera certainement à tous ceux et celles qui exercent des responsabilités dans leur activité professionnelle :
Un soir, après la fermeture des bureaux, un incendie se déclare dans un bâtiment situé à 3 km de nos locaux. Nous sommes en été, il fait chaud et comme nous avons prévu une formation le lendemain matin, j’ai soigneusement laissé toutes les fenêtres ouvertes afin de rafraîchir les locaux avant de rentrer chez moi.
Le lendemain, je me rends à mon bureau comme d’habitude et j’entends à la radio qu’un incendie fait rage depuis hier soir à Ecublens. Une vague de stress m’envahit. Mon cerveau se met à tourner à toute vitesse : » Quelle est la situation sur place ? Quelles sont les conséquences sur le cours du matin ? Que dois-je faire en priorité ? »
Instantanément, je contacte Abé qui co-anime avec moi et nous décidons de prioriser la sécurité de nos participants et fonçons sur place évaluer le danger. L’air autour des bâtiments est âcre et les fumées piquent la gorge et les yeux. Nous nous précipitons dans le bâtiment et découvrons nos locaux enfumés. C’est irrespirable. Je récupère la liste des participants à la réunion du matin ainsi que leurs coordonnées et nous commençons à les appeler un par un pour leur demander de ne pas se rendre sur place et de rester en sécurité, que la formation est reportée et que nous nous engageons à les recontacter dans les 48h pour organiser une nouvelle session. Abé me presse de sortir à mon tour. Je ressors des locaux en ayant perdu ma voix et nous restons sur place encore une trentaine de minutes afin de renvoyer les personnes que nous n’avions pas pu atteindre par téléphone. Nous revérifions à deux fois que tous les participants sans exception ont été contactés de vive voix et décidons de quitter les lieux.
Naturellement, une fois de retour à mon domicile, les jambes un peu tremblantes et le souffle court, les pensées se bousculent. » Que puis-je faire tout de suite ? Quelles seront les conséquences sur l’état des locaux ? Comment remettre ces derniers en état le plus vite possible ? Dois-je annuler ou reporter les prestations à venir ? Jusqu’à quand ? Quand vais-je pouvoir replanifier cette formation ?… »
Pas une seule fois, je me suis demandé : » Et toi, comment vas-tu ? Qu’est-ce que tu ressens ? »
Mon corps m’a donné la réponse : » J’ai dormi une quinzaine d’heures en ayant de la fièvre. »
Alors quel rapport avec l’éthique ? Eh bien, dans ce moment de crise, ce sont bien certaines de mes valeurs qui ont pris les commandes et ce, au détriment d’autres.
Mon sens des responsabilités, mon respect d’autrui et mon intégrité m’ont poussée à m’assurer que mes clients soient en sécurité et qu’ils reçoivent un message clair et cohérent.
Ma santé et le respect de moi-même sont passés automatiquement en seconde position.
Si je reprends les valeurs promues par ICF que sont le professionnalisme, l’humanité, l’équité et la collaboration et que je repasse mon comportement à travers ces filtres là, que puis-je apprendre ?
Le côté professionnalisme me semble avoir fortement dominé mes actions. Veiller à la sécurité du groupe, à rassurer chacun du suivi de l’engagement contractuel en sont des exemples mais qu’en est-il de l’équité lorsque je m’oublie complétement dans l’équation ? Qu’aurais-je pu faire de différent afin de prendre soin de moi autant que de mes clients ? Je me suis prise pour le capitaine du bateau qui reste sur le pont jusqu’au naufrage. Était ce vraiment nécessaire ?
J’écris ce texte en n’ayant que peu de recul face aux évènements. Il me reste encore beaucoup à apprendre de cet épisode mais je suis convaincue que dans l’urgence, une part de moi très authentique s’est montrée bien loin de l’idéalisation de soi derrière laquelle je pense me reconnaître en tant que professionnelle et c’est une merveilleuse source d’apprentissage.
Alors à vos réflexions, chers lecteurs ! Repensez aux moments de votre vie durant lesquels vous avez été le plus chahuté et regardez avec bienveillance quelles valeurs ont pris la main sur vos décisions et actions. L’éthique commence par la conscience de ce qui sous-tend nos actions…
Bonne rentrée à tous !
Natacha